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mardi 20 septembre 2022

Inondations au Pakistan : comment nous en sommes arrivés là

Muslim Hands France
Inondations au Pakistan : comment nous en sommes arrivés là

Le Pakistan connaît actuellement les pires inondations de mousson de l'histoire du pays, pires encore que les dégâts et la dévastation des inondations de 2010. Depuis juin, les pluies de mousson ont fait des ravages dans tout le pays, provoquant des crues soudaines et des glissements de terrain, en particulier dans les provinces du Khyber Pakhtunkwa, du Sindh et du Balouchistan. Actuellement, plus de 33 millions de personnes ont été touchées, ce qui équivaut à la moitié de la population française ! En effet, les eaux de crue ont submergé plus d'un tiers du Pakistan sous l'eau, faisant plus de 1 400 morts, 12 700 blessés, et provoquant le déplacement de plus de 637 000 personnes.

Quelles zones ont été touchées par les inondations au Pakistan ?

Le 26 août, le gouvernement pakistanais a officiellement déclaré soixante-six districts « sinistrés », exhortant les Nations Unies à leur venir en aide, mais la situation n’a fait que d’empirer depuis et il y a maintenant quatre-vingts districts « sinistrés » : 31 au Balouchistan, 23 au Sindh, 17 au Khyber Pakhtunkwa, six au Gilgit-Baltistan et trois au Pendjab [Relief Web].

Le Sind est la deuxième plus grande province après le Pendjab, avec une population de 47,9 millions d'habitants. Bien que le Balouchistan soit la plus grande province du Pakistan, c'est la moins peuplée, avec une population de 12,3 millions d'habitants [euters]. Tous les coins du Pakistan ont été touchés par ces inondations, mais les provinces du Sind et du Balouchistan ont été les plus durement touchées. Ils ont subi le plus de dommages en termes de vies humaines et d'infrastructures.

Comment les inondations au Pakistan ont-elles affecté la population locale ?

Les habitants ont non seulement perdu leurs maisons, mais aussi leurs terres et bétail qui étaient leur principale source de revenus. Une récente analyse de la classification de phase intégrée (IPC) de l'insécurité alimentaire aiguë au Balouchistan prédit que plus de 955 000 personnes seront en situation d'insécurité alimentaire jusqu'en novembre au moins [Relief Web]. Luttant pour nourrir leurs familles, ils doivent également se soucier de trouver de l'eau potable car les carcasses de bétail se sont mélangées aux eaux de crue. Des maladies d'origine hydrique ont donc infesté les sources d'eau locales : la population doit ainsi choisir entre la déshydratation ou la consommation d’une eau infestée de maladies.

Pourquoi ces inondations se produisent-elles au Pakistan ?

Le Pakistan est sensible aux pluies de mousson pendant les mois d'été en raison de son emplacement et de sa proximité avec les montagnes de l'Himalaya, comme ses voisins l'Inde, le Bangladesh, le Népal et le Myanmar. Mais pourquoi le Pakistan est-il sujet à d'intenses inondations ?

Le fleuve Indus gonfle pendant la saison de la mousson et rompt parfois les digues, provoquant des inondations dans les zones environnantes. Cette rivière se trouve dans les contreforts de la chaîne himalayenne et traverse directement le Pakistan, couvrant des régions du sud du Pendjab et du Sind avant d'atteindre la mer d'Oman. La majorité de la population pakistanaise vit aux abords de ce fleuve car il s'agit de la principale source d'eau douce du pays, dont dépend une grande partie de son agriculture.

Le système de prévention des inondations du Pakistan, notamment le barrage de Sukkur, est un système de barrages et de canaux qui sert à détourner la rivière pour irriguer la province méridionale du Sind et fournir une ligne de défense contre les inondations [Croix-Rouge]. Cependant, en raison d'années d'usure, ils sont devenus obsolètes, ce qui a entraîné une accumulation de limon de l'Himalaya dans plusieurs réservoirs le long de la rivière. Le limon a réduit leur capacité à empêcher le débordement des eaux de crue et a entraîné ces crues éclair.

Le changement climatique est-il responsable des inondations au Pakistan ?

La situation géographique du Pakistan a eu un effet substantiel sur la vulnérabilité du pays aux inondations récurrentes. Cependant, le changement climatique a aggravé l'impact et exacerbé les conditions météorologiques extrêmes du Pakistan. En seulement trois semaines, le Pakistan a reçu soixante pour cent de ses précipitations de mousson habituelles qui ont été affectées par la hausse des températures de l'air et de la mer. Le Ministre pakistanais du changement climatique a qualifié ces inondations de « catastrophe humanitaire aux proportions épiques induite par le climat » [BBC].

Comment le changement climatique a-t-il affecté les inondations au Pakistan ?

Le monde s'est réchauffé de 1,2 ° C depuis le début de la révolution industrielle (1760), ce qui a fortement affecté les conditions météorologiques du Pakistan, allant de vagues de chaleur intenses à des pluies de mousson extrêmes en quelques mois. En avril, le Pakistan a connu une vague de chaleur record avec des températures allant de 40 à 49 degrés Celsius. Muslim Hands a répondu à cette crise en installant des camps de canicule dans certaines des régions les plus touchées, notamment le Sind, le Balouchistan ainsi que le sud et le centre du Pendjab. Pour soutenir ces communautés, nous avons également fourni de l'eau aux villages en difficulté et à leur bétail.

Ces températures élevées font fondre les glaciers de l'Himalaya et de la région de l'Hindu Kush beaucoup plus rapidement. Ainsi, plusieurs lacs glaciaires ont éclaté à travers des barrages de glace qui les retiennent généralement, ce qui a entraîné de grandes quantités d'eau dans le fleuve Indus [Croix-Rouge].

Des chercheurs et des scientifiques du groupe World Weather Attribution ont pointé du doigt l'activité humaine affectant les inondations actuelles au Pakistan : « Ce que nous avons vu au Pakistan est exactement ce que les projections climatiques prédisent depuis des années. Et notre propre analyse montre également clairement qu'un réchauffement supplémentaire rendra ces épisodes de fortes pluies encore plus intenses ».

Les inondations au Pakistan ne sont-elles que le début des catastrophes liées au climat ?

Ces températures durcissent et assèchent également le sol, ce qui rend l’absorption par le sol des pluies de mousson et des eaux de crue beaucoup plus difficile [Guardian]. Le réchauffement climatique rendra les inondations extrêmes et les vagues de chaleur intenses beaucoup plus fréquentes. En fait, la canicule de 2015 et les inondations de 2010 ont été provoquées en partie par le réchauffement de la température de l'air et de l'eau.

Le Pakistan est classé au huitième rang des pays les plus vulnérables sur l'indice mondial des risques climatiques en raison de la prévalence et de l'ampleur des événements liés au changement climatique. Pourtant, le pays produit moins de 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre [Aljazeera]. Malgré leur empreinte carbone relativement faible, les habitants de l'Asie du Sud sont ainsi quinze fois plus susceptibles de mourir des effets du changement climatique.

Cette catastrophe actuelle est-elle comparable aux inondations de 2010 au Pakistan ?

Ce n'est pas la première fois qu'un drame frappe la région. Souvent qualifiées de l'une des pires catastrophes humanitaires que le Pakistan ait connues, les inondations de 2010 au Pakistan ont entraîné le déplacement de plus de 20 millions de personnes et en ont tué plus de 2 000. Bien que le Pakistan ait connu des inondations depuis, il n'y a rien eu de cette ampleur jusqu'à cette année. En parlant de la crise, le Premier ministre du Pakistan a déclaré : « Je n'ai jamais vu une telle dévastation de ma vie » [Guardian].

Quelle est la différence entre les inondations au Pakistan de 2010 et celles de 2022 ?

Ces inondations sont arrivées à plus d'une décennie d'intervalle, donc même si le changement climatique a pu avoir un impact sur les deux, leurs circonstances sont complètement différentes. Les inondations de 2010 au Pakistan étaient de nature fluviale, ce qui signifie qu'elles se sont produites parce que le fleuve Indus dépassait la capacité de sa frontière naturelle. En revanche, les inondations de cette année sont dues aux pluies de mousson extrêmes actuelles qui ont été aggravées par le réchauffement climatique. Jusqu'à présent, nous avons vu plusieurs types d'inondations, y compris des pluies de mousson torrentielles, des ruptures de lacs glaciaires, des crues soudaines et des inondations urbaines, mais le Pakistan n'a pas encore connu d'inondations fluviales cette année [Aljazeera]. C'est la première fois qu’une saison de mousson de cette ampleur est recensée au Pakistan.

Comment le climat politique a-t-il changé depuis les inondations de 2010 au Pakistan ?

Le climat politique est très différent aujourd'hui de ce qu'il était en 2010. Actuellement, une grande partie de l'attention de l'aide internationale est concentrée sur la guerre en Ukraine et sur d'autres catastrophes naturelles causées par le changement climatique. Reconnaissant le lourd tribut que les inondations ont fait peser sur le Pakistan, le Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a lancé un appel pour réunir une aide de 160 millions de dollars. Cet appel est largement inférieur à celui qui avait été lancé par l'ONU en 2010 pour une somme de 2 milliards de dollars [Nations unies].

Comment réagissons-nous face aux inondations au Pakistan ?

Muslim Hands travaille au Pakistan depuis 1993 et possède 14 bureaux à travers le pays, ce qui a permis à nos équipes sur le terrain de répondre immédiatement à la crise. Ils fournissent une aide depuis juillet dans tout le pays, mais surtout dans les régions les plus touchées, notamment le Balouchistan, le Sind et le sud du Pendjab. Nous avons pu soutenir jusqu’à présent plus de 200 000 personnes touchées par les inondations grâce à nos généreux donateurs.

Actuellement, nous fournissons des plats cuisinés à base de viande et de riz avec des bouteilles d’eau, ainsi que des colis alimentaires et des kits de secours d'urgence comprenant de la nourriture, des ustensiles de cuisine, des tentes, des kits anti-moustiques, de la literie et des kits d'hygiène pour répondre aux besoins immédiats des survivants. Nous avons également mis en place des camps médicaux pour fournir des soins de santé d'urgence et des médicaments.

L'histoire d'Akbar

Avant les inondations au Pakistan, Akbar, un fermier de 60 ans originaire du Balouchistan, gagnait juste assez pour subvenir aux besoins les plus élémentaires de sa famille. Il vivait dans une maison en terre d'une chambre pour subvenir aux besoins de sa femme, de ses deux filles, de son frère aîné et de ses trois petits-fils. Cependant, lorsque les inondations ont frappé, ils ont dû fuir vers leurs parents les plus proches car leur maison et leurs moyens de subsistance ont été détruits.

Avant de recevoir l'aide de Muslim Hands, la famille d'Akbar avait du mal à trouver de la nourriture. Vos généreux dons leur ont offert des plats cuisinés, des colis alimentaires et des kits de secours d'urgence. Maintenant que leurs besoins immédiats sont satisfaits, nos équipes travaillent à les aider sur un plus long terme.

Malheureusement, la pire des inondations au Pakistan n'est pas encore terminée. Il faudra des années au pays pour se remettre de cette catastrophe. Akbar et sa famille ne sont pas les seuls à avoir tout perdu. Avec plus de 33 millions de personnes touchées par les inondations, nous continuons à avoir besoin de votre aide pour nous permettre de les soutenir dans cette terrible épreuve.


Muslim Hands France

Etablie en 2007, Muslim Hands France est une ONG de solidarité internationale régie par la loi 1901 et œuvrant dans le domaine de l’humanitaire et du développement.