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mercredi 19 septembre 2018

« La seule erreur que j’ai commise selon eux est d’avoir été musulman » : la vie des Rohingyas dans les camps

Ayman Agabani

L’ampleur du camp est la première chose qui vous saisit. Devant vous se dresse une véritable ville ; une étendue de cabanes à toit en fer-blanc retenues par tous les objets lourds que les familles ont pu trouver. Ensuite, la fragilité de ces abris que les vents et pluies de mousson menacent de faire disparaître et les écoulements d’eau qui sont l’un des inconvénients les plus courants de la vie sur place. Sans compter les gens. Des gens partout. Des hommes, des femmes et surtout des enfants. Une ville de fortune faite d’enfants : 5, 6, 7 ans, dont beaucoup sont pieds nus ; certains nus, qui courent, se cachent, et jouent.

En pleine saison de la mousson d'été, les journées sont très chaudes et humides, et les fortes averses courantes ; les sentiers de fortune marécageux, glissants et très dangereux. Après une bonne averse, nos bottes étaient couvertes de boue, mais ce n’était rien comparé aux pieds nus des enfants qui risquaient de contracter des maladies à cause du déversement des eaux usées. Enfin, naviguer entre les nombreuses collines et passages séparant les milliers de foyers était extrêmement difficile, Dieu seul sait comment les personnes âgées et handicapées se débrouillaient.

Notre mission semblait pourtant assez simple sur papier : parler aux réfugiés et récolter leurs témoignages ; mais nos guides nous emmenaient toujours plus loin dans les camps, à la recherche de ceux qui souffraient le plus, même si nous avions l’impression qu’il s’agissait de tous. Tout le monde avait une histoire, tout le monde avait eu du mal à quitter son pays avant que les bombes et les balles ne se déversent, tout le monde avait fait de longs et dangereux voyages pour arriver sur place.

Cherchant un abri en attendant que s’arrête l’une des nombreuses averses frappant la région, nous entrons dans une petite mosquée située au sommet d’une des collines du camp. Un groupe d'hommes d'âge moyen était tranquillement assis, l’expression lointaine. L'imam, AmanAllah, nous raconte son histoire, amèrement familière dans ces camps. Il a décidé de fuir après avoir vu un village voisin au sien bombardé et des habitants battus et tués : « Ma famille et moi-même avons quitté notre foyer à minuit. Dans la précipitation et l’obscurité de la nuit, j’ai été séparé de mes trois enfants. Nous nous sommes heureusement retrouvés dans le camp ». Beaucoup d'autres n'ont pas eu cette chance.

En racontant son histoire, l'Imam fit des douas implorant Allah de les aider. À ce moment-là, ne pouvant plus contenir leurs larmes, tous les hommes présents se mirent à pleurer et une douleur immense fut ressentie entre les murs de la mosquée. Certains d'entre eux avaient perdu des membres de leur famille sur le trajet. Tous avaient perdu leur terre et leurs moyens de subsistance. Et la raison de leur souffrance ? AmanAllah nous dit : « la seule erreur que j’ai commise selon eux est d’avoir été musulman ». En quittant cette mosquée, nous ne pouvions que les prendre dans nos bras et prier Dieu de les protéger.

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